Jeux de pouvoir
La crise, c’est pour les autres…
07/11/2009 04h00
De l’avis de plusieurs, surtout à gauche, il y a si peu de gras dans l’administration québécoise qu’en chercher encore relèverait de l’acharnement. Soit. Mais y a-t-il jamais eu une véritable révision des dépenses pour que l’on conclue ainsi, et aussi vite, que nous en sommes partout qu’à l’essentiel?
Les libéraux ont jadis claironné qu’avec la réingénierie, ils pourraient réduire les dépenses substantiellement. Même qu’à cette époque, ils y croyaient autant que Mario Dumont.
La commande politique s’était traduite en diverses missives des templiers du Trésor, toujours bien intentionnés. Ils ont exigé des régiments subalternes des « rendements budgétaires significatifs ». À vrai dire, ils étaient tous bien peu optimistes, mais voulaient montrer à Monique Jérôme-Forget, qu’eux aussi pouvaient rêver en couleurs...
Il ne s’est naturellement rien produit. Immunisé contre les compressions, l’État a continué à grossir, dans les réseaux surtout, et jusqu’aux confins de son périmètre comptable. Lucien Bouchard était parti depuis longtemps et l’économie montrait une telle vigueur qu’on l’a vite considérée comme une source intarissable de taxes et d’impôts; la réingénierie a donc fait place au laisser-faire. Et nous en sommes toujours là.
Repas, réunions, voyages, invariablement remboursés; ordinateurs portables ultra-modernes, adjoints d’adjoints et consultants parasitaires; l’État est frénétiquement heureux, hors du monde. Et ce ne sont pas les firmes informatiques qui s’en plaindront... Aujourd’hui encore, les technologies de l’information coûtent des centaines de millions, sans pourtant procurer des économies d’échelle, comme dans le secteur privé.
Convaincu par les plus hauts fonctionnaires de l’époque, le gouvernement libéral a choisi de miser sur le déclin démographique de ses propres employés pour réduire la taille de l’état. « Pas besoin de déclencher la guerre mondiale, il y en a 40 % qui partiront », a-t-on tranché aux Finances.
Le gouvernement sifflote depuis ce temps le refrain « Un sur deux, soit un poste comblé pour deux départs à la retraite. Incidemment, cela confirme, et devrait réjouir les jeunes contribuables surendettés, que les effectifs étaient excédentaires d’au moins 20 %...
Qu’en est-il aujourd’hui? Alors que la crise financière fait des victimes par milliers, dans le secteur privé évidemment, le Québec s’enlise dans l’endettement en ignorant une foule de dépenses absurdes.
La semaine dernière, des fonctionnaires ont passé trois jours dans une station touristique du Bas-Saint-Laurent pour suivre un cours de « préparation à la retraite ». Ils seront des milliers à suivre de tels cours prochainement. Pas tous à l’auberge, évidemment. Enfin, espérons-le. D’autres amateurs de réunion et de bonne bouffe ont un « compte ouvert » dans un resto de Québec. À la CSST, des employés ont demandé un congé extraordinaire pour récupérer de la « soirée Nez rouge ». On leur a dit non…
Quand le Journal s’est intéressé à un party prévu dans un hôtel de la Grande Allée, et destiné à 450 fonctionnaires retraités de « toutes les directions régionales », les autorités du ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale l’ont fait annuler. Le ministre Sam Hamad avait pourtant écrit, quelques jours plus tôt, qu’il espérait plus de discernement. Après tout, le Québec est face à déficit multimilliardaire.
Notre déchéance budgétaire ne préoccupe pas tout le monde. L’aristocratie universitaire l’ignore d’ailleurs totalement. Le Journal a montré, cette semaine, combien les abus salariaux sont fréquents et systémiques. La ministre de l’Éducation préfère clamer son impuissance plutôt que de plaider le gros bon sens. Primes à gogo, démissions gratinées, réembauches discrètes... Les petites affaires de l’État devraient peut-être aussi faire l’objet d’une enquête publique.
Hier, à l’Assemblée nationale, le ministre des Finances, Raymond Bachand, expliquait pourquoi la dette du Québec était plus lourde qu’ailleurs. À 213 milliards, en hausse de 24,8 millions par jour, cette hypothèque à léguer aux générations futures, est nécessaire. Jamais il n’a remis en cause l’ampleur de l’administration québécoise. C’est plus facile de presser les contribuables du secteur privé. Comme des citrons.
Même s’il ne le dit pas clairement, M. Bachand est d’accord avec la sainte trinité syndicale CSN-FTQ-CSQ; l’État ne doit pas faire les frais de la crise financière du Québec. Bien sûr que non! Les citrons sont là pour ça…
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La crise, c’est pour les autres…
07/11/2009 04h00
De l’avis de plusieurs, surtout à gauche, il y a si peu de gras dans l’administration québécoise qu’en chercher encore relèverait de l’acharnement. Soit. Mais y a-t-il jamais eu une véritable révision des dépenses pour que l’on conclue ainsi, et aussi vite, que nous en sommes partout qu’à l’essentiel?
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