Jeux de pouvoir
Pas joyeux, les naufragés…
31/10/2009 04h00
On n’avait pas vraiment besoin de voir le visage fermé des quatre députés de l’ADQ présents à l’Assemblée nationale, jeudi matin, pour mesurer leur désarroi. L’ADQ navigue en eaux troubles comme jamais auparavant. Une image me vient à l’esprit : ce tableau magistral de Théodore Géricault, Le radeau de la Méduse, montrant des naufragés agrippés à leur esquif et que l’océan s’apprête à engloutir.
Au lendemain du « remaniement » fait par Gilles Taillon, dont le point saillant a été la nomination de François Bonnardel au poste de chef parlementaire, seule Sylvie Roy semblait sincèrement satisfaite de voir ses responsabilités enfin allégées.
M. Bonnardel a monté en grade malgré sa relation intime avec la vice-première ministre, Nathalie Normandeau. M. Taillon refuse de croire que son poulain souffrira d’un déficit d’attention quand viendra le temps de poser des questions délicates au gouvernement, quand Jean Charest sera absent. On verra bien.
M. Taillon a refusé ce poste stratégique à Éric Caire, en faisant fi des risques de causer des dommages additionnels à ce qui reste de l’ADQ depuis l’inoubliable débandade de décembre 2008. M. Caire, à qui la chefferie a échappé par une seule voix, n’accepte pas cette nouvelle rebuffade. Son absence, pour une période indéterminée, est un mauvais présage. Le député de La Peltrie se demande s’il ne devrait pas siéger comme indépendant; il n’a pas envie de sauver du naufrage un parti dirigé par un homme qui l’a méprisé devant le Québec entier.
Était aussi absent le député des Chutes-de-la-Chaudière, Marc Picard, un pro-Caire, limogé sans ménagement. Selon la version officielle, M. Picard a entrepris des traitements contre le cancer de la prostate, comme son chef. Il a donc pris congé, sans donner de détails. Dans les bureaux de l’ADQ, au troisième étage de l’Assemblée nationale, l’atmosphère est à couper au couteau. « Ça brasse en cr… » nous a-t-on dit.
Bien sûr, M. Taillon a bien le droit de s’imposer, mais il se serait épargné bien des soucis s’il avait donné à M. Caire un rôle à la mesure de sa popularité chez les militants. Sans lui, l’ADQ est gravement handicapée. Alors qu’une grave épidémie de grippe frappe le Québec, Gilles Taillon se retrouve sans porte-parole en matière de santé. Quand le ministre de la Santé, Yves Bolduc, s’est fait vacciner en compagnie du péquiste Bernard Drainville et du député de Québec solidaire, Amir Khadir, Éric Caire était introuvable. Démoralisé par sa défaite à la chefferie, il ne veut apparemment pas jouer la comédie pour un parti auquel il ne croit plus.
Son départ provoquerait une crise fatale à l’ADQ qui, avec moins de six députés, ne serait plus un parti officiellement reconnu à l’Assemblée nationale. Adieu primes de fonction, adjoints et budget de dépenses.
François Bonnardel se réjouissait, cette semaine, du fait que l’ADQ avait grimpé de 8 % à 9 % dans les intentions de vote. S’éloigner de Québec solidaire, ce doit être effectivement réconfortant pour les « ex » de l’opposition officielle.
Ce petit point de pourcentage est conjoncturel et l’ADQ le doit à Sylvie Roy. On se moquait d’elle au départ, mais la députée de Lotbinière a amené de l’eau au moulin adéquiste en critiquant la passivité du gouvernement devant l’inacceptable situation qui prévaut dans l’industrie de la construction.
Mme Roy a malheureusement fait une gaffe majeure en reprenant une rumeur envoyant trois ministres sur le navire du riche et mystérieux entrepreneur Tony Accurso. Une fabulation signée Benoît Labonté, sait-on maintenant. Ironie du sort, c’est l’ADQ maintenant qui souffre du mal de mer…
Jeux de pouvoir
Pas joyeux, les naufragés…
31/10/2009 04h00
On n’avait pas vraiment besoin de voir le visage fermé des quatre députés de l’ADQ présents à l’Assemblée nationale, jeudi matin, pour mesurer leur désarroi. L’ADQ navigue en eaux troubles comme jamais auparavant. Une image me vient à l’esprit : ce tableau magistral de Théodore Géricault, Le radeau de la Méduse, montrant des naufragés agrippés à leur esquif et que l’océan s’apprête à engloutir.
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