Chronique
Le diplôme de Demers
01/09/2009 10h04
Tous les ex-premiers ministres vous le diront : la présence autour de la table d’un conseil des ministres de personnes peut-être moins scolarisées que leurs collègues, mais qui interviennent avec leur cœur et leur gros bon sens, est précieuse.
Elle permet souvent d’éviter bien des dérapages, comme l’adoption de réformes concoctées par des bureaucrates totalement déconnectés, mais qui ont su vendre celles-ci à leur ministre qu’ils ont même souvent converti à leur jargon ésotérique. Le plus bel exemple au Québec est la réforme de l’éducation et ses bulletins sur l’évaluation des « connaissances transversales » acquises par l’élève.
La nomination de Jacques Demers au Sénat n’a donc rien de scandaleux, même si celui-ci a avoué il y a quelques années être analphabète. L’ex-entraîneur du Canadien est un homme posé, doté d’un bon jugement, persévérant et engagé socialement. Il pourra apporter sans complexe une honnête contribution aux travaux de la Chambre haute, même si certaines subtilités des textes législatifs étudiés lui échapperont. Mais il en échappe toujours aussi à des parlementaires qui possèdent une haute formation académique et une longue expérience politique.
Une équipe de hockey a besoin de gros marqueurs et de plombiers; un parlement, d’avocats, d’économistes, mais aussi de diplômés de l’école de la vie, comme Demers.
Capital politique
Stephen Harper a évidemment cherché à se faire du capital politique en amenant Demers au Sénat. L’homme est populaire non seulement chez les amateurs de sports qui connaissent sa fiche impressionnante derrière le banc, mais parmi tous les Québécois qui ont été touchés par son humilité dans la confession de son handicap et qui voient depuis en lui un autre exemple du p’tit Québécois d’origine très modeste qui a atteint les plus hauts sommets.
Le chef du Parti conservateur a utilisé Demers comme Jean Chrétien avait utilisé Jean Lapointe et Michaëlle Jean.
Une réforme attendue
La petite controverse autour du choix de Jacques Demers en a aussitôt conduit plusieurs à vouloir jeter le bébé avec l’eau du bain, c’est-à-dire à réclamer à nouveau l’abolition du Sénat. C’est à exclure.
Le Sénat canadien a toutefois besoin d’une sévère cure de rajeunissement, sans jeu de mots facile. Mais le problème est qu’une réforme de l’institution, telle que souhaitée par Stephen Harper, doit être appuyée par au moins sept provinces regroupant plus de 50 % de la population du pays. Or, depuis 1990, plus personne ne veut se lancer dans une autre aventure constitutionnelle. Chaque province chercherait à profiter d’une ouverture de la Constitution pour mettre sur la table sa propre liste d’épicerie et Stephen Harper créerait une autre tour de Babel politique.
Les sénateurs devraient idéalement être élus au même titre que les députés et représenter vraiment une région.
L’incapacité politique de modifier le Sénat nous force à conserver l’actuel terrain de stationnement pour les amis, collecteurs de fonds et stratèges de deux grands partis qui y coulent des jours tranquilles jusqu’à 75 ans, sans aucune reddition de comptes à la population qui les paie. Et lorsqu’un parti est au pouvoir assez longtemps pour nommer une majorité de sénateurs, comme les libéraux l’ont fait, l’opposition peut menotter ou mettre beaucoup de bâtons dans les roues du gouvernement élu démocratiquement.
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Le diplôme de Demers
01/09/2009 10h04
Tous les ex-premiers ministres vous le diront : la présence autour de la table d’un conseil des ministres de personnes peut-être moins scolarisées que leurs collègues, mais qui interviennent avec leur cœur et leur gros bon sens, est précieuse.
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