Le mardi 9 février 2010

Chronique

Le fou de la Reine

15/07/2009 11h26 

Inscrire Jean Chrétien dans le même club que le docteur Albert Schweitzer, mère Teresa et Nelson Mandela, aussi lauréats de l’Ordre du mérite britannique, est faire insulte à ces grands humanistes qui ont marqué l’histoire.

Hélène et Albert Schweitzer ont instauré la médecine humanitaire au Gabon et leur œuvre est perpétuée par des adhérents à leur philosophie. Nelson Mandela est devenu le symbole de la lutte pour l’égalité raciale après avoir été condamné à la prison et aux travaux forcés pour la vie parce qu’il avait combattu l’apartheid en Afrique du Sud. Il a croupi en prison pendant 27 ans. Mandela a reçu le prix Nobel de la paix en 1993 pour sa contribution au respect des droits de l’homme. Mère Teresa a consacré sa vie aux pauvres et aux mourants, en Inde d’abord et, par la suite, dans de nombreux autres pays, à travers l’œuvre des missionnaires de la charité. Pour de nombreux croyants, c’est une sainte.

Par ailleurs, deux autres premiers ministres du Canada seulement avant lui, Mackenzie King et Lester B. Pearson, en 1947 et 1970, ont reçu l’insigne de l’Ordre du mérite, qui n’accueille simultanément que 24 personnes vivantes, remplacées après leur décès. Du premier, on retient l’adoption de plusieurs programmes sociaux au sortir de la Dépression, dont les pensions de retraite, et la création de plusieurs sociétés d’État : Radio-Canada, Trans-Canada Airlines, l’ancêtre d’Air Canada, l’Office national du film, etc. Mackenzie King a, par contre, trahi sa parole en organisant la conscription à compter de 1942 qui opposa anglophones et francophones. Quant à Lester B. Pearson, on lui attribue la définition de la politique étrangère canadienne toujours suivie, en dépit de quelques modulations, selon que le Canada soit dirigé par un gouvernement libéral ou conservateur.

Marathonien populiste

Le fidèle conseiller de Jean Chrétien pendant toute sa carrière politique, Eddie Goldenberg, écrivait, hier, que cette récompense personnelle d’Elisabeth II à Jean Chrétien confirmait que tout est possible dans ce pays où le 18e des 19 enfants d’un travailleur d’une usine de papier de Shawinigan pouvait atteindre le poste le plus élevé. C’est incontestable. Jean Chrétien est un exemple de ténacité hors du commun.

Son héritage est cependant mince. Jean Chrétien était un politicien d’instinct, possédant un flair inégalé, et un populiste qui versait avec grand plaisir dans la démagogie. Ses commentaires inattendus sur des questions pourtant importantes ont même été recensées comme des « chrétienneries ». Sa carrière politique a presque totalement consisté en une virulente croisade contre ses compatriotes québécois souverainistes et la fin justifiait les moyens, comme l’a révélé la commission Gomery. Sa longévité en politique, de 1963 à 2003, est en grande partie due à cette guerre : Jean Chrétien avait besoin des souverainistes comme ces derniers trouvaient en lui la meilleure source de motivation de leurs militants. Son nom restera en plus toujours attaché au rapatriement de la Constitution sans l’accord du Québec.

Les finances publiques ont été assainies sous son règne, mais les Canadiens en ont toujours attribué le mérite à son ministre des Finances, Paul Martin, son adversaire de toujours, qu’il a chassé brutalement de son gouvernement avant d’être lui-même forcé de démissionner. Tenant du fédéralisme centralisateur de son maître à penser, Pierre Trudeau, Jean Chrétien a asséché les provinces, en coupant dans les transferts sociaux, et il a envahi sans ménagement leurs champs de juridiction en abusant du pouvoir de dépenser du fédéral.

Jean Chrétien amusait beaucoup la reine, paraît-il. C’est humiliant pour les Québécois d’entendre cela. M’est aussitôt venue à l’esprit l’image du fou de la reine.

 

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Le fou de la Reine

15/07/2009 11h26 

Inscrire Jean Chrétien dans le même club que le docteur Albert Schweitzer, mère Teresa et Nelson Mandela, aussi lauréats de l’Ordre du mérite britannique, est faire insulte à ces grands humanistes qui ont marqué l’histoire.
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