Le mardi 9 février 2010

Chronique

Un bonbon pour Florence

02/07/2009 09h42 

Les infirmières désertent le réseau hospitalier parce qu’elles souffrent d’épuisement physique et psychologique et non parce qu’elles sont insatisfaites de leur salaire.

Chercher à retenir avec des primes les novices et celles, à l’opposé, qui sont admissibles à la retraite, est réducteur: plusieurs se sentiront traitées comme des mercenaires qu’il suffit de rémunérer un peu plus pour qu’elles acceptent d’aller à la guerre. Par ailleurs, toutes celles qui ne se qualifient pas pour ces primes mais qui courent les talons aux fesses durant tout leur quart de travail, seront frustrées par une telle mesure discriminatoire.

Décennies d’exploitation

Sur le plan des conditions de travail, le ministre Yves Bolduc ne réparera pas avec quelques bonbons des décennies d’exploitation de ces professionnelles de la santé. Les infirmières admissibles à la retraite ont été formées dans des écoles dirigées par des communautés religieuses qui leur inculquaient le culte du service et de l’abnégation. Le modèle qui leur était servi était celui de la britannique Florence Nigthingale, au XlXe siècle, qui avait répondu à un appel chrétien divin de se consacrer aux malades. Au début de la carrière de ces femmes qui approchent 60 ans, la coiffe et la cape étaient encore portées.

Après les religieuses, le ministère de la Santé a abusé d’elles pendant 40 ans de façon honteuse sur le plan des conditions de travail et elles l’acceptaient, au nom de la « vocation ». Et il continue de le faire, aussi cruellement que jadis. Le salaire ne correspond toujours pas aux responsabilités et aux contraintes de la profession. Ce n’est que depuis la signature de la présente convention collective qu’elles ont droit au taux et demi pour les seules fêtes de Noël et du 1er janvier alors que le même gouvernement paie « depuis toujours » aux autres catégories de travailleurs le taux double et le taux triple pour le travail les jours fériés. Un chauffeur d’autobus a de meilleures conditions qu’une infirmière.

Arrivées en fin de carrière, elles régressent souvent : il leur est impossible d’obtenir des vacances aux dates souhaitées, même après 35 ou 40 ans d’ancienneté; elles sont fréquemment forcées de faire deux quarts de travail consécutifs; l’employeur paie des primes insignifiantes pour le travail de soir, de nuit, les fins de semaine, ou pour occuper des postes comportant une charge de travail insupportable à long terme. Et elles ne voient pas le bout du tunnel; il n’y a jamais d’améliorations.

Le point de rupture

Les infirmières québécoises ont encaissé et encaissé. Leur direction syndicale était peu revendicatrice, mais cela correspondait aussi au faible militantisme, toujours en raison de ce sens de la « vocation » des émules de Florence.

Un point de rupture est survenu en 1999. Les 47 500 infirmières ont déclenché une grève historique. Cette grève était un cri de révolte contre un système qui les avait trop exploitées.

La réponse du gouvernement Bouchard fut brutale : il a imposé le retour au travail avec l’une des plus dures lois spéciales de l’histoire des relations de travail, comportant des amendes qui les ont appauvries personnellement. Aucun autre groupe de travailleurs affiliés à la FTQ ou à la CSN qui s’était hasardé dans l’illégalité, n’a été réprimé de la sorte.

Les infirmières sont retournées au travail dans l’humiliation. Plus grave, l’État-employeur a continué d’abuser d’elles, plus que jamais même dans le passé.

Les « vieilles » quittent maintenant avec dépit et les « jeunes » que l’on a réussi à appâter n’ont rien à foutre de Florence Nightingale. Elles n’ont jamais porté une coiffe non plus. Elles ont plutôt parfois les cheveux mauves et des piercings aux sourcils, au nez et aux lèvres. Une prime de bienvenue ne les bernera pas longtemps.

 

Chronique

Un bonbon pour Florence

02/07/2009 09h42 

Les infirmières désertent le réseau hospitalier parce qu’elles souffrent d’épuisement physique et psychologique et non parce qu’elles sont insatisfaites de leur salaire.
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