Le mardi 9 février 2010

Un homme de pouvoir

10/01/2009 15h46 

Jean Pelletier était un «homme de pouvoir» dans toute la force de cetteexpression. Il ne souffrait pas l¹opposition; il la méprisait même à l¹époque où elle était incarnée dans des gens de gauche à l¹hôtel de ville de Québec ou dans des «séparatistes» à l¹Assemblée nationale et aux Communes.

Il ne cachait pas non plus son dédain du travail des journalistes d¹aujourd¹hui en général, même s¹il avait lui-même débuté sa carrière dansce métier. Il les associait ces dernières années à l¹opposition à Jean Chrétien et, dans bien des cas, en plus, à la promotion de la souveraineté à travers leurs médias. Jean Pelletier était autoritaire; ses jugements et ses propos sur les individus étaient assassins et sa façon de les jeter avec sa moue caractéristique traduisait toute la profondeur de ses sentiments envers lespersonnes visées.

Jean Pelletier n¹a pas été un grand maire de Québec. Il chaussait les souliers du fondateur du Progrès civique, Gilles Lamontagne, appelé à Ottawa par Pierre Trudeau pour la bataille de l¹unité canadienne, au lendemain de l¹élection de René Lévesque en 1976. M. Lamontagne avait épuré et modernisé l¹administration municipale et il avait changé le visage de la capitaleselon les goûts discutables de l¹époque, en faisant de la place pour de nouveaux édifices gouvernementaux sur la colline, une brochette de grands hôtels et en retapant les berges de la Saint-Charles.

On retient plutôt de Jean Pelletier un manque de vision globale en développement urbain et une improvisation, selon le vent que soufflaient des promoteurs immobiliers. L¹immense travail de transformation de l¹aménagement urbain accompli par Jean-Paul L¹Allier par la suite assombrit le souvenir de l¹ère Pelletier.

Un combattant

Après avoir connu l¹humiliation d¹une défaite électorale sur la scène fédérale, M.Pelletier a toutefois donné sa pleine mesure dans le rôle stratégique de chef de cabinet de Jean Chrétien. Forcé de protéger ce dernier pendant plusieurs années des assauts des partisans de Paul Martin,il s¹est acquitté de ce rôle de chien de garde avec une rare férocité. Il était extrêmement craint. Jean Chrétien lui doit beaucoup.On lui attribuait aussi un rôle de parrain politique plénipotentiaire du Québec, au-dessus de la tête du ministre officielllement en titre Alfonso Gagliano. M. Pelletier a rempli ces fonctions avec une grande discrétion,derrière les rideaux, et une rare efficacité. Tout ce qui concernait le Québec, des contrats importants aux diverses nominations, lui passait entre les mains.Il s¹est aussi illustré dans les grandes manoeuvres en faveur de l¹unité canadienne, sans jamais être pourtant sur la première ligne de feu. Alorsque je dénonçais l¹adoption de la Loi sur la clarté référendaire, y voyant une provocation inutile susceptible de mobiliser dangereusement les milieux nationalistes, M. Pelletier m¹avait tenu une argumentation très serrée et étoffée d¹exemples puisés sur différents continents pour justifier le recours à une telle loi. L¹ex-maire de Québec était un homme d¹une grande culture et il possédait un réseau de contacts privilégiés à travers le monde assez exceptionnel, à commencer par l¹ex-président de la France, Jacques Chirac.

Son engagement pour l¹unité canadienne a toutefois été terni par le blâme que lui a servi le juge John Gomery dans son rapport d¹enquête sur lescandale des commandites. M. Pelletier n¹a jamais accepté ce blâme et il en réclamait le retrait. Son tempérament bagarreur le poussait même à souhaiter un troisième référendum sur la souveraineté «pour en finir une fois pour toute»,disait-il.

Nommé président du conseil de Via Rail en 2001, il ne croyait pas à laviabilité d¹un véritable TGV mais il s¹était donné pour mission d¹améliorer sensiblement le transport des passagers dans le corridor Québec-Windsor. Encore là, il n¹a pas eu le temps d¹apporter les améliorations qu¹ilsouhaitait; il a été congédié en 2004 après avoir tenu des propos cinglants sur l¹ex-championne olympique et ex-employée de VIA, Myriam Bédard. Il a poursuivi le gouvernement lui reprochant un règlement de comptes politique et la Cour lui a donné raison.

La réhabilitation

Son étoile ne jetait cependant plus qu¹une faible lueur et sa compagnie était de moins en moins recherchée à Québec ces dernières années. Affaibli par la maladie, M. Pelletier a néanmoins été vu à plusieurs activités reliées au 400e au cours de 2008. En froid avec son successeur Jean-Paul L¹Allier, l¹ex-journaliste, propulsé par alliance dans la bourgeoisie de Québec, ex-maire et conseiller principal de Jean Chrétien,avait été réhabilité à l¹hôtel de ville de Québec par la mairesse Andrée Boucher et ensuite par Régis Labeaume.Cette reconnaissance publique en fin de vie fut sûrement un baume pour lui.

Son administration de la Capitale et son style personnel peuvent être encore décriés par bon nombre de Québécois, nul ne peut douter toutefois de son amour pour sa ville et de sa volonté de la faire progresser sur tous les plans.

 

Un homme de pouvoir

10/01/2009 15h46 

Jean Pelletier était un «homme de pouvoir» dans toute la force de cetteexpression. Il ne souffrait pas l¹opposition; il la méprisait même àl¹époque où elle était incarnée dans des gens de gauche à l¹hôtel de ville de Québec ou dans des «séparatistes» à l¹Assemblée nationale et aux Communes.
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