Mario Dumont est lucide. Après quinze pénibles années d’évangélisation dans le désert, il en est réduit encore une fois dans ce dernier droit de campagne à tenter de sauver seulement «une présence forte» de l’ADQ à l’Assemblée nationale. Il n’est plus question de prise du pouvoir ou même d’opposition officielle. Il supplie seulement qu’on lui lance une bouée de sauvetage.
Il s’y applique toutefois avec un professionnalisme politique et une étrange sérénité dans les circonstances. Sa décision serait déjà prise sur son avenir personnel au lendemain d’une autre débandade de l’ADQ, comme en 2003, que cela ne me surprendrait pas du tout. C’est la réflexion qui m’est venue hier matin en le voyant tout souriant donner un baiser furtif à sa conjointe Marie-Claude Barrette, à bord de son autobus de tournée, aux murs intérieurs tapissés de dessins des enfants. Tout aussi détendue, cette dernière s’inquiétait plus de mes quintes de toux que des derniers sondages. Ce détachement parle.
Comme le fait une équipe sportive en déroute, l’entraîneur revient à des jeux de base. Mario Dumont se rabat sur les fondements du programme adéquiste (famille, éducation, fiscalité de la classe moyenne, allègement de l’État) qu’il assaisonne d’un Tabasco d’actualité sur les responsabilités du gouvernement Charest à l’égard des pertes de la Caisse de dépot et placement. Le chef de l’ADQ plaide aussi sur les gains obtenus pour les citoyens à la suite des pressions exercées par l’ADQ: aide à la famille, le retour aux bulletins chiffrés, etc.
Un acteur important
Sur ce plan, Mario Dumont a tout à fait raison. Il a secoué le pommier du discours politique au Québec depuis sa première campagne en 1994. Son oncle, Jean-Charles Dumont, croisé hier dans Louis-Hébert, le rappelait lui-aussi avec conviction. C’est effectivement Mario Dumont qui a imposé le thème de la conciliation travail-famille, récupéré plus tard par tous les partis. C’est également lui qui a forcé la réflexion sur l’identité québécoise et les accommodements raisonnables; qui a obtenu certaines corrections à la réforme de l’éducation; qui a entraîné le Parti libéral en 2003 sur le terrain d’une réingénierie de l’état, que Jean Charest n’a pas eu le courage politique d’effectuer par la suite…
L’ADQ a joué le rôle d’agent de changement. Ce parti a ouvert une troisième voie à travers l’affrontement traditionnel PLQ-PQ entretenu depuis 1970 et qui servait bien ces deux formations.
L’élimination de l’ADQ ou sa réduction à la présence de 3-4 députés dans le pigeonnier de l’Assemblée nationale serait réellement une perte pour les Québécois. Même les plus farouches partisans libéraux et péquistes devraient être capables de concéder que Mario Dumont et la menace que représentait l’ADQ ont exercé une très forte influence sur le positionnement de leur parti. Jamais les «vieux partis» et les médias ne s’étaient autant penchés sur les besoins et les volontés de la fameuse «classe moyenne» à laquelle Mario Dumont offrait sa voix. Le PQ multipliait les programmes d’aide pour les plus démunis; le Parti libéral était historiquement identifié aux intérêts des mieux nantis et des corporations. Les deux, lorsqu’ils exerçaient le pouvoir, utilisaient la classe moyenne comme la vache à lait pour choyer leur clientèle électorale naturelle. L’ADQ les a forcés à trouver une meilleure pondération, autant sur le plan de la fiscalité que des dépenses sociales.
Il reste beaucoup à faire notamment au niveau de la révision des programmes, de la décentralisation administrative vers les régions, de l’allégement de l’appareil de l’état, d’un interventionnisme moins poussé du gouvernement dans nos vies quotidiennes, de l’allègement de la fiscalité, etc. Si l’ADQ n’a pas réussi depuis 18 mois à nous faire la démonstation qu’elle aurait le savoir-faire pour mener à terme des réformes en profondeur sur ces thèmes, il faut garder une véritable force politique qui pousse dans ces directions. C’est essentiel.
Très concrètement, ce sont les électeurs des régions de Québec et de Chaudière-Appalaches et dans une moindre mesure du centre du Québec, qui en décideront. Avec moins de 12 députés ou de 20% des votes exprimés le 8 décembre, Mario Dumont, longtemps déprimé après l’échec de 2003, irait sans doute faire autre chose cette fois et l’ADQ connaîtrait une courte agon
Une bouée pour Mario
27/11/2008 10h13
Mario Dumont est lucide. Après quinze pénibles années d’évangélisation dans le désert, il en est réduit encore une fois dans ce dernier droit de campagne à tenter de sauver seulement «une présence forte» de l’ADQ à l’Assemblée nationale. Il n’est plus question de prise du pouvoir ou même d’opposition officielle. Il supplie seulement qu’on lui lance une bouée de sauvetage.
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