« Moi, je ne suis pas ministre des Finances pour équilibrer le budget, je suis ministre des Finances pour aider au développement économique, puis créer de la richesse pour les citoyens du Québec », dit Raymond Bachand.
Raymond Bachand a bien résumé, hier, son credo politique. Il se définit comme un grand argentier interventionniste plutôt que comme un comptable obsédé par la colonne des revenus et dépenses. Cette approche n’est guère surprenante de la part de celui qui a dirigé le Fonds de Solidarité de la FTQ avant de devenir ministre au Développement économique.
La crise a fait le reste et le gouvernement québécois a injecté des millions pour soutenir une certaine croissance. Il faut admettre que le Québec s’en est tiré plus rapidement et avec moins de dommages que le reste du Canada et du monde.
Sauf que le Québec se retrouve maintenant devant un bain d’encre rouge et devra en payer le prix très rapidement.
En politique, il importe de bien ficeler ses annonces, surtout quand les nouvelles sont très mauvaises. Souvent par le passé, cette mise à jour de la situation budgétaire prenait la forme d’un simple exposé chiffré tenant sur quelques pages. Hier, le document remis aux journalistes s’intitulait « Des finances publiques saines pour protéger nos valeurs ». Cela sonne mieux que « Citoyens, vous allez maintenant passer à la caisse pendant cinq ans ».
En sous-titre, le même document précisait « le retour à l’équilibre budgétaire en 2013-2014 ». Un titre plus juste aurait été « Le gouvernement a besoin de 5 milliards pour équilibrer ses finances ». Mais voilà, la présentation est importante.
Le Parti québécois était le champion des formules-chocs ou rassembleuses avec Lucien Bouchard et Jacques Parizeau, mais les libéraux font du rattrapage avec un talent certain. Les Québécois se retrouvent avec ce qui ressemble à un espèce de projet de société destiné à protéger nos « valeurs » collectives.
Ce projet emballant consiste à décider si on doit indexer tous les tarifs fixés par le gouvernement, hausser le prix de l’électricité, augmenter la TVQ à au moins une autre reprise, comprimer les dépenses des ministères en protégeant si possible la Santé et l’Éducation.
« Le débat au fond, c’est : quelle sorte de société veut-on en 2014, en 2017-18? Ce débat sera porté par le premier ministre lui-même », a lancé le ministre des Finances, nous préparant un bel hiver. Aux traditionnelles consultations prébudget, le gouvernement ajoute cette année des rencontres élargies qui auront lieu en janvier et février, mais on ignore la formule qui sera la plus populaire possible.
Les contribuables seront heureux d’apprendre que la démarche du gouvernement repose sur trois principes d’équité : que tous paient leur juste part, une plus grande contribution des utilisateurs des services publics et un effort collectif des consommateurs. On se sent déjà mieux.
Le gouvernement Charest doit composer avec un déficit de crédibilité en matière de finances publiques. Il y a un an à peine, les perspectives financières étaient teintées de rose et on excluait le retour au déficit. Il a laissé ses dépenses gonfler de 6,8 % cette année avant d’annoncer un coup de barre. La dette du Québec, celle qui sert à payer les dépenses courantes, atteint 100 milliards à 49 % du PIB, ce qui donne la chair de poule, d’autant qu’on nous annonce un choc démographique dès 2013.
Les employés du secteur public doivent déposer cette semaine leurs revendications. La synthèse budgétaire visait sans doute à miner le terrain. Je ne suis pas sûr que les employés de l’État adhéreront d’emblée à la mission de protéger nos valeurs. Le premier ministre Charest a tout un travail de vente devant lui.
Certains diront sans doute que la cigale se retrouvera fort dépourvue lorsque la bise sera venue.
donald.charette@journaldequebec.com
Chronique
Le chant de la cigale
28/10/2009 09h05
« Moi, je ne suis pas ministre des Finances pour équilibrer le budget, je suis ministre des Finances pour aider au développement économique, puis créer de la richesse pour les citoyens du Québec », dit Raymond Bachand.
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